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Peut-on changer sa personnalité au travail ?

Nous avons souvent abordé l’importance des soft skills en recrutement, en prenant soin de bien les différencier de la personnalité. Maintenant que nous savons que les soft skills se développent et s’acquièrent avec l’expérience, on peut se demander si c’est également le cas de la personnalité. Peut-on changer du tout au tout entre notre vie personnelle et notre vie professionnelle ? Peut-on changer de personnalité selon notre environnement et nos interlocuteurs comme on changerait un masque ?

Pour répondre à ces questions, il est important, avant tout, d’apporter une définition claire de la personnalité. Il en existe beaucoup et elles varient selon les sources, mais la majorité s’accorde pour commencer ainsi : la personnalité est une « construction psychologique » qui regroupe les traits de tempérament et les traits de caractère d’un individu, déterminant ainsi son comportement, son raisonnement et ses émotions.

Avec cette première définition, on peut déjà commencer à faire une distinction entre les traits de tempérament et les traits de caractère. Les premiers sont des « tendances de comportement » qui ont des origines génétiques et biologiques, alors que les deuxièmes seront d’avantage liés à nos interactions avec le reste du monde et à notre environnement.

Selon les experts, notre personnalité reste plus ou moins stable tout au long de notre vie. Après 30 ans, il devient particulièrement difficile de changer. En effet, avec le temps on est moins affecté par le regard des autres et on se complait de plus en plus dans les mêmes schémas qu’on a connu toute notre vie. Mais l’exercice n’est pas impossible ! Après tout, la personnalité est un des outils principaux que nous utilisons pour interagir avec le monde, et ce dernier change en permanence.

Mais pourquoi vouloir changer de personnalité ? Nous sommes tous coupables de comportements et de modes de pensée toxiques qui nous empêchent d’aller de l’avant et d’évoluer dans tous les aspects de notre vie. Certains traits de personnalité peuvent se révéler être de véritables freins à l’évolution d’une carrière.

Dans la fin des années 90, Robert et Joyce Hogan, deux psychologues, ont créé l’inventaire de ce qu’ils ont appelé les « côtés obscurs » de la personnalité, c’est-à-dire les onze qualités et défauts pouvant causer des problème, autant sur le plan personnel que professionnel, s’ils sont trop marqués : sceptique, prudent, timide, nonchalant, audacieux, espiègle, original, imaginatif, assidu et dévoué.

Cet inventaire est aujourd’hui utilisé comme une évaluation psychologique dans les entreprises, appelée le Hogan Development Survey, permettant d’identifier les besoins des employés en matière de développement. Selon les résultats de ces tests, ils sont près de la moitié à obtenir des scores suffisamment élevés sur un ou plusieurs de ces traits de personnalité pour développer des problèmes dans l’avancement de leur carrière.

Le problème est que, le plus souvent, ces individus ne se rendent pas compte que leurs personnalités peuvent les freiner. Jusqu’ici, ils n’ont eu aucun problème à grimper les échelons et à atteindre leurs objectifs. Ce constat peut même les amener à la conclusion que c’est grâce à leurs personnalités et à ces points négatifs qu’ils ont pu évoluer. Par exemple, un manager trop prudent peut avoir l’impression d’être dans le contrôle et de permettre à son entreprise d’éviter des risques inutiles, alors qu’il l’empêche, finalement, de s’ouvrir au progrès et à l’innovation.

Cependant, comme nous le disions un peu plus haut, changer n’est pas impossible. Des chercheurs se sont aperçus que la motivation et l’autorégulation pouvaient permettre, surtout aux adultes, de changer certains traits de leur personnalité. Cela dit, plus un trait est marqué plus il est difficile de le changer.

Barack Obama et Gandhi sont connus pour être des figures importantes de l’histoire et leurs positions les a souvent amenés à prononcer des discours devant des millions de personnes. Il est alors difficile de croire qu’ils sont tous deux très introvertis et timides, et pourtant… Comment ont-ils réussi à changer ? La volonté ! Une étude réalisée à l’Université de l’Illinois est parvenue à prouver l’importance de cette volonté en soumettant plus de 130 étudiants à des tests de personnalité et en leur demandant ce qu’ils aimeraient changer. Pendant quatre mois, les étudiants ont relevé des challenges permettant d’affronter leur timidité ou leur nervosité. Chaque semaine, ils devaient repasser le même test de personnalité, et les résultats sont clairs : les étudiants qui ont consciencieusement mis en pratique les exercices dans leurs quotidiens sont parvenus à se débarrasser de leurs faiblesses sur le long terme.

Pour y parvenir, il faut être capable d’identifier les comportements où les traits de personnalités que l’on aimerait changer se manifestent. L’objectif n’est donc pas nécessairement de changer votre personnalité, mais bien votre comportement

Cependant, changer de personnalité peut comporter des risques. Par exemple, une personne introvertie souhaitant changer de comportement pour devenir plus extravertie peut, à long terme, s’épuiser et même entrer en dépression. De manière similaire, une personne très créative à un poste très technique aura du mal à s’épanouir et à trouver sa place. Ce n’est pas impossible que ça se passe bien, mais cette personne devra redoubler d’effort pour être productive à son poste.

De manière générale, le phénomène du caméléon n’est pas rare. Selon une étude, 46% des salariés français avouent adopter un « comportement différent » au travail. Ils sont également plus d’un tiers à adapter leurs personnalité en fonction de leurs clients, notamment pour optimiser le processus de vente. Enfin, ils sont plus de 30% à modifier leur personnalité devant leur N+1. Il semble que l’esprit d’équipe et la coopération soient les deux qualités les plus exagérés en entreprise.

Enfin, plus d’un tiers des salariés européens pensent que changer de personnalité au travail est un exercice épuisant et stressant. 74% d’entre eux admettent même que ce stress entraîne des conséquences négatives sur leurs performances. Cette étude montre donc qu’il vaut mieux respecter son profil et sa personnalité au travail afin d’être plus productif et heureux.

Pour conclure, c’est une bonne chose de vouloir travailler sa personnalité en développant certaines qualités et en diminuant l’impact de certains défauts sur notre comportement. Il ne s’agit pas là de changer qui vous êtes, car cela est effectivement impossible. Il s’agit simplement de modifier certains comportements et optimiser sa souplesse dans sa relation avec les autres. Le but final de cet exercice est de pouvoir développer des relations plus saines et plus riches, mais également de pouvoir améliorer vos performances et votre productivité dans un contexte professionnel.

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