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Docteurs juniors en médecine générale : comment en faire vos futurs médecins installés

Plus de 3 000. C’est le nombre de docteurs juniors en médecine générale qui prendront leur poste à partir du 2 novembre 2026, partout en France. Pour la première fois, les internes de médecine générale effectuent une quatrième année d’internat, en autonomie supervisée, dans des cabinets, des maisons de santé et des centres de santé.

Pour les communes et les structures de soins qui cherchent un médecin depuis des mois, c’est une occasion rare. Un docteur junior, c’est un médecin présent un an sur votre territoire. Et un médecin qui a passé un an quelque part a beaucoup plus de chances d’y rester. Encore faut-il préparer son accueil. Voici comment.

Ce que change la 4e année d’internat de médecine générale

Depuis la réforme du diplôme d’études spécialisées (DES) de médecine générale de 2023, l’internat dure désormais quatre ans au lieu de trois. La dernière année est une phase de consolidation : l’interne devient docteur junior.

Concrètement, le docteur junior :

  • exerce en cabinet médical, en maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) ou en centre de santé ;
  • travaille en autonomie supervisée, aux côtés d’un médecin généraliste maître de stage universitaire (MSU) ;
  • assure dix demi-journées par semaine en moyenne ;
  • peut consacrer une journée par semaine à une autre structure du territoire : EHPAD, CPTS, PMI.

Les textes incitent clairement à effectuer ce stage dans les zones d’intervention prioritaire (ZIP), c’est-à-dire les territoires sous-dotés. Le docteur junior y perçoit une indemnité supplémentaire d’environ 1 000 € brut par mois, en plus d’une rémunération socle d’environ 3 300 € brut, selon la MACSF.

Le calendrier à retenir

Le dispositif s’est mis en place en plusieurs étapes au cours de l’année 2026 :

  1. D’avril à juin : dialogues territoriaux entre l’ARS, les universités et les élus locaux.
  2. En juin : agrément des médecins maîtres de stage.
  3. En septembre : choix des stages par les futurs docteurs juniors.
  4. Le 2 novembre : prise de poste des premiers docteurs juniors.

Et ensuite ? Le stage se déroule sur deux semestres. Si votre territoire n’a pas été retenu cette année, rien n’est perdu : les agréments et les choix de stage se renouvellent. C’est le moment de préparer la prochaine vague.

Qui peut accueillir un docteur junior en médecine générale ?

C’est le point clé. Un docteur junior ne s’installe pas seul : il exerce sous la supervision d’un maître de stage universitaire, agréé par la faculté de médecine.

Le maître de stage, condition indispensable

Le MSU doit être un médecin généraliste agréé par l’UFR de médecine de sa subdivision. Il peut encadrer jusqu’à deux docteurs juniors. La supervision peut aussi être partagée entre deux MSU.

Bonne nouvelle pour les territoires isolés : le docteur junior n’a pas besoin d’exercer dans le même cabinet que son maître de stage. Selon l’ARS Hauts-de-France, une distance d’environ 30 minutes de trajet reste acceptable.

Un dispositif rémunéré pour le médecin encadrant

Encadrer un docteur junior n’est pas du bénévolat. Le maître de stage perçoit 600 € brut par mois d’honoraires pédagogiques et 1 200 € brut d’indemnité de compensation. Une prime de 800 € brut s’ajoute s’il exerce en ZIP. C’est un argument concret à mettre en avant auprès des médecins de votre territoire.

Les structures qui s’y prêtent le mieux

Les maisons de santé et les centres de santé facilitent l’accueil : locaux partagés, secrétariat, équipe pluriprofessionnelle. Mais un cabinet individuel peut aussi accueillir un docteur junior, à condition de disposer d’un bureau et d’un MSU à proximité.

Logement, local, accueil : ce qui fait la différence

Le choix des stages se fait par un système de vœux, via la plateforme SIIMOP. Les docteurs juniors comparent donc les terrains de stage entre eux. Et sur ce point, l’accueil pèse autant que le projet médical.

Voici les leviers que nous voyons faire la différence sur le terrain :

  1. Un local prêt à l’emploi : un bureau équipé, un accès au logiciel médical, un secrétariat partagé.
  2. Un logement trouvé à l’avance : logement communal, meublé, colocation avec d’autres internes. Pour un jeune médecin qui arrive pour un an, c’est souvent le critère décisif.
  3. Un accompagnement de la famille : emploi du conjoint, place en crèche, inscription à l’école.
  4. Une vraie intégration locale : présentation aux professionnels de santé du territoire, aux élus, aux associations.
  5. Une découverte du cadre de vie : activités, loisirs, accès aux transports, bassin d’emploi.

Ces sujets ne relèvent pas de la médecine. C’est justement pour cela qu’ils relèvent des élus et des gestionnaires de structures.

Transformer un an de stage en installation durable

Un docteur junior n’est pas un médecin recruté. C’est un futur médecin qui teste un territoire. La vraie question est donc : comment lui donner envie de rester une fois son diplôme obtenu ?

Dès l’arrivée, parler de l’après

N’attendez pas la fin du stage pour aborder l’installation. Dès les premiers mois, présentez les options possibles : association avec le maître de stage, collaboration en MSP, poste salarié en centre de santé, reprise d’une patientèle.

Le choix entre exercice libéral et salariat est souvent décisif pour un jeune médecin. Nous l’avons détaillé dans notre article médecin salarié ou libéral : quel modèle choisir.

Préparer une proposition concrète

À six mois de la fin du stage, le docteur junior commence à regarder ailleurs. C’est le bon moment pour lui faire une proposition écrite : local, conditions financières, aides à l’installation disponibles, organisation du temps de travail.

Une proposition floue ou tardive laisse le champ libre aux territoires voisins.

Penser au relais

Un docteur junior part, un autre arrive le semestre suivant. Le dispositif est pérenne. Les territoires qui réussissent le premier accueil deviennent attractifs pour les suivants, parce que les internes se parlent entre eux.

Les erreurs à éviter

Dans nos missions de recrutement médical, nous retrouvons régulièrement les mêmes écueils :

  • Compter sur le docteur junior pour remplacer un médecin parti : il est en formation, son activité est encadrée.
  • Oublier le maître de stage : sans MSU agréé, pas de docteur junior. C’est la première démarche à engager.
  • Négliger le logement : c’est la première cause de refus d’un terrain de stage isolé.
  • Ne rien proposer avant la fin du stage : le jeune médecin aura déjà signé ailleurs.
  • Agir seul : l’ARS, la faculté, l’Ordre et l’Assurance maladie accompagnent les territoires. Appuyez-vous sur eux.

Si votre commune n’a pas encore de MSU, le travail commence maintenant. Nous avons détaillé les autres leviers pour attirer un médecin dans une commune dans un précédent article.

En résumé

L’arrivée des docteurs juniors en médecine générale est une opportunité concrète pour les territoires qui manquent de médecins. Pour en tirer parti, trois conditions :

  1. un maître de stage universitaire agréé, sur place ou à moins de 30 minutes ;
  2. un accueil complet : local, logement, famille, intégration ;
  3. une proposition d’installation claire, faite bien avant la fin du stage.

Un docteur junior bien accueilli, c’est potentiellement votre médecin pour les vingt prochaines années.

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